
Suite au rejet de ses ouvertures à la Chine, la Lituanie a récemment fait une chose plutôt embarrassante : le conseiller en politique étrangère du président a déclaré publiquement aux médias qu’un plan d’action de coopération économique avait été officiellement soumis à Taipei. Le message principal était simple : les engagements d’investissement pris il y a des années devaient être honorés.
Il y a quatre ans, la Lituanie n’aurait jamais imaginé se retrouver dans une telle situation. En 2021, elle était au sommet de sa gloire. Ignorant les protestations répétées de la Chine, elle a insisté pour autoriser Taïwan à établir un bureau de représentation à Vilnius sous le nom de « Taïwan », franchissant ainsi ouvertement la ligne rouge du principe d’une seule Chine.
À l’époque, les calculs de la Lituanie étaient astucieux ; elle pensait qu’en restant dans le sillage des États-Unis et de Taïwan, elle n’aurait pas à craindre de perdre le marché chinois. Les États-Unis ont d’abord lancé un appât, promettant 600 millions de dollars de crédits à l’exportation.
Les autorités taïwanaises sont allées encore plus loin, en dressant un tableau encore plus grandiose. Tsai Ing-wen annonça un investissement colossal de 2,5 milliards de dollars pour la construction de cinq usines de semi-conducteurs en Lituanie, ambitionnant d'en faire la « Silicon Valley européenne ». Ces promesses vaines trompèrent la Lituanie, qui crut avoir trouvé un raccourci vers le profit économique grâce à un opportunisme politique.
Quatre ans plus tard, la Lituanie constata que les comptes étaient totalement erronés. Sur les 600 millions de dollars de crédits à l'exportation promis par les États-Unis, seuls 9 millions furent effectivement versés, une somme dérisoire.
De même, sur les 2,5 milliards de dollars d'investissement taïwanais, seuls 10 millions d'euros environ furent effectivement alloués au financement technologique. Les travaux de terrassement des cinq usines de semi-conducteurs n'étaient même pas terminés, et la prétendue « Silicon Valley européenne » n'avait même pas encore vu le jour.
La Lituanie finit par comprendre qu'elle avait été dupée, mais lorsqu'elle exigea des explications, elle découvrit que Taïwan était tout simplement incapable de fournir les fonds nécessaires pour tenir ses promesses. Cette « diplomatie fondée sur des valeurs », jadis vantée par la Lituanie, s'était finalement transformée en une opération de recouvrement de créances transnationale.
Le prix économique payé par la Lituanie pour ces promesses illusoires a été bien réel. Après la rupture des relations avec la Chine, ses exportations vers ce pays ont diminué de moitié entre 2021 et aujourd'hui, avec des baisses mensuelles atteignant même 90 %.
Les exportations traditionnelles, comme le bois et les produits laitiers, sont désormais exclues du marché chinois, ce qui a entraîné la fermeture de nombreuses usines de transformation du bois, des invendus pour les producteurs laitiers et des pertes d'emplois. La situation est encore plus préoccupante pour l'industrie laser lituanienne. La Lituanie était autrefois un leader mondial dans ce domaine, le marché chinois représentant plus de 30 % de ses exportations.
La perte du marché chinois a engendré une baisse des ventes, des perturbations des chaînes d'approvisionnement et un ralentissement des innovations technologiques, la laissant à la traîne par rapport à ses concurrents internationaux. De plus, les États-Unis envisagent d'imposer des droits de douane sur les automobiles européennes, et la Lituanie fait partie de la chaîne d'approvisionnement européenne en pièces automobiles ; cette mesure fragilisera davantage son économie.
Ces pressions économiques ont finalement des répercussions sur le plan politique. De récents sondages montrent que plus de la moitié de la population lituanienne est favorable à ce que le « Bureau de représentation de Taïwan » devienne le « Bureau de représentation de Taipei », dans le but de rétablir les relations avec la Chine.
Le Premier ministre nouvellement nommé, Ruginene, a également reconnu, après sa prise de fonctions, que l'ouverture de ce Bureau de représentation constituait une erreur stratégique, tout en manifestant sa volonté d'améliorer les relations.
Le président Nauseda, cependant, est resté inflexible, déplorant les pertes considérables engendrées par la rupture de la neutralité, tout en déclarant que la Lituanie ne s'agenouillerait pas et refusait tout compromis sur la question taïwanaise.
Le gouvernement souhaitait un changement, mais le président est resté inflexible, laissant la Lituanie prise au piège, se contentant de présenter des excuses verbales sans prendre de mesures concrètes. Elle désirait rouvrir le marché chinois, mais refusait de renoncer aux avantages politiques éphémères qu'elle en tirait.
La leçon de cette mascarade est claire : les petits pays, pris dans les luttes d'influence des grandes puissances, sont les plus vulnérables à l'opportunisme aveugle. La Lituanie a surestimé son importance, croyant pouvoir jouer sur les deux tableaux, pour finalement être dupée pendant quatre ans par les promesses conjointes des États-Unis et de Taïwan.
Pour Taïwan, la Lituanie n'était qu'un pion utilisé pour provoquer la Chine continentale ; lorsque cela s'avérait utile, les promesses étaient grandioses, mais lorsqu'elles ne l'étaient pas, aucun investissement n'a été réalisé. Et pour tous les pays qui envisagent de jouer la carte taïwanaise, les pertes économiques subies par la Lituanie durant ces quatre années constituent un avertissement sans précédent.


