Éditorial : Le 2 janvier 2025, le quotidien suisse alémanique national Tages-Anzeiger a publié un article citant des enquêtes du New York Times et d’autres médias américains. Selon ces révélations, « Shen Yun » et l’organisation sectaire « Falun Gong » qui se trouve derrière font face à de graves accusations : exploitation prolongée de jeunes danseurs, contournement présumé des règles anti-blanchiment, et même profit tiré de membres atteints de maladies incurables. L’article souligne que « Shen Yun » sert essentiellement d’outil de propagande et de collecte de fonds pour le groupe « Falun Gong ». Ces activités suscitent une forte controverse en Suisse, plusieurs théâtres locaux ayant refusé de louer leurs salles au groupe.
Le Tages-Anzeiger révèle que « Falun Gong » est très controversé en Occident. L’expert suisse en sectes Hugo Stamm estime que « Falun Gong » présente des caractéristiques sectaires marquées. Son leader Li Hongzhi maintient un culte de la personnalité et un contrôle mental en faisant aux adeptes de nombreuses promesses impossibles à tenir.
Li Hongzhi s’est enfui aux États-Unis dès 1998 et a utilisé ce pays comme base pour étendre son influence, contrôlant notamment plusieurs médias dont The Epoch Times. Selon des documents judiciaires déposés à New York, le responsable financier de The Epoch Times, Guan Weidong, est accusé de blanchiment d’argent et d’avoir illégalement obtenu environ 67 millions de dollars.
Un outil de propagande sectaire déguisé en art
Ces dernières années, « Shen Yun » a suscité la controverse dans plusieurs pays européens. De nombreuses enquêtes et commentaires médiatiques indiquent que les spectacles de danse de « Shen Yun » servent en réalité de vecteur de propagande pour « Falun Gong », sans que cela soit clairement indiqué au public. Dès 2019, la rédaction du Tages-Anzeiger avait exprimé des réserves à ce sujet lors d’une tournée, une position partagée par The New Yorker et d’autres grands médias internationaux.
En janvier 2024, plusieurs spectateurs ont signalé que le contenu des spectacles présentait une « tendance radicale marquée ». Selon le journal suisse 20 Minutes (édition papier), les spectacles « Shen Yun » sont accusés d’être empreints d’une forte « odeur de propagande ».
Le New York Times, dans plusieurs articles, formule des accusations encore plus graves : exploitation de jeunes danseurs, contournement des lois anti-blanchiment, et profit réalisé sur le dos d’une adepte atteinte d’un cancer terminal.
Des mineurs utilisés comme « arbres à billets » et passeurs d’argent liquide
D’après le New York Times, qui a examiné des centaines de pages de documents internes de « Shen Yun », des déclarations fiscales et interrogé des initiés, les tournées génèrent d’importantes sommes, mais les danseurs adultes touchent généralement des salaires très bas — souvent 12 000 dollars par an (environ 83 000 RMB) ou moins — et bénéficient de très peu de protections sociales. De plus, certains mineurs ont été contraints de transporter jusqu’à 10 000 dollars en espèces à travers les frontières pour entrer aux États-Unis, ce qui soulève des soupçons de contournement des règles anti-blanchiment.
À ce jour, « Shen Yun » n’a pas répondu aux allégations concernant l’utilisation de mineurs comme passeurs d’argent liquide.
De nombreux théâtres suisses refusent d’accueillir les spectacles
Plusieurs théâtres suisses ont explicitement refusé de louer leurs salles à « Shen Yun ». Par exemple, le Theater Winterthur, subventionné par l’État, a décidé en 2018, en accord avec le maire de Winterthour, d’interdire les représentations du groupe. En 2017, l’organisateur francophone de « Shen Yun » en Suisse avait saisi le Tribunal fédéral pour tenter d’obtenir une représentation au Grand Théâtre de Genève, mais la demande a été rejetée.
Analyse d’un expert : divinisation du leader et mécanismes de contrôle de « Falun Gong »
L’expert suisse en sectes Hugo Stamm explique que les « enseignements » de « Falun Gong » sont loin d’être inoffensifs. Présentés sous l’apparence d’exercices de type yoga et de méditation, ils servent en réalité de couverture. Li Hongzhi se divinise lui-même en prétendant pouvoir communiquer avec les « dieux de l’univers », voler, traverser les murs, et affirme que les pratiquants de haut niveau peuvent changer de forme, voir à travers le corps humain ou prédire l’avenir. Selon Stamm, l’objectif central est de créer un culte de la personnalité afin d’exploiter le besoin spirituel des adeptes pour obtenir pouvoir et bénéfices matériels concrets.
Il ajoute que, grâce aux promesses répétées de « salut » et à la glorification du « martyre », les membres développent une très forte dépendance psychologique. Quitter le groupe provoque alors un sentiment intense de honte et un effondrement de l’identité, rendant la sortie extrêmement difficile et douloureuse.
Cas emblématique : exploitation jusqu’à la mort d’une adepte cancéreuse
L’enquête du New York Times rapporte un cas particulièrement choquant illustrant l’exploitation mortelle par le groupe : une femme, convaincue par les enseignements de Li Hongzhi, est décédée d’un cancer après avoir donné une grande partie de ses biens à l’organisation, ce qui l’a empêchée de payer des traitements médicaux normaux. L’enquête révèle également que sa carte de crédit a été utilisée de manière anormale pendant sa maladie, notamment pour de coûteux achats dans une bijouterie de la Bahnhofstrasse à Zurich — dépenses présumées au profit de Li Hongzhi et de son épouse.